Quand un plancher époxy pèle, cloque ou se décolle en plaques, la cause est presque toujours la même : la dalle n'était pas prête. La résine n'était pas en cause, l'installateur l'a simplement posée sur une surface qui ne pouvait pas la retenir. La préparation représente à elle seule la majeure partie du temps de chantier et la majeure partie de la durée de vie du résultat. Voici ce qu'elle comprend réellement.

1. Vider le garage, complètement

Rien ne reste au sol : ni établi, ni frigo, ni pneus d'hiver, ni support à vélo boulonné. Un objet laissé en place crée une zone non traitée qui sera visible et qui deviendra le point d'entrée de l'humidité. Prévoyez aussi où stationner les véhicules pendant toute la durée du chantier et du durcissement.

2. Diagnostiquer la dalle

Une dalle de garage québécoise de 15 ans a presque toujours quelque chose à raconter. On regarde quatre points.

L'âge. Une dalle neuve doit avoir terminé sa cure, soit 28 jours minimum. Poser une résine sur du béton frais, c'est emprisonner l'eau de cure sous un film étanche.

Le scellant existant. Beaucoup de dalles ont reçu un scellant acrylique ou un durcisseur au silicate à la construction. Test simple : versez une cuillère d'eau au sol. Si elle perle et reste en gouttelettes, il y a un scellant, et aucune résine n'adhérera tant qu'il ne sera pas retiré mécaniquement. Si l'eau s'assombrit et pénètre en quelques secondes, le béton est ouvert.

Les fissures et l'écaillage. On note les fissures actives, les fissures de retrait, les zones écaillées par le sel de déglaçage et les cratères devant la porte de garage, là où la saumure tombe.

Le fer. Si l'armature est visible dans une zone écaillée, ce n'est plus un chantier de revêtement, c'est un chantier de réparation structurale à faire d'abord.

3. Mesurer l'humidité, sans deviner

C'est l'étape que le prix le plus bas saute toujours. Une dalle de garage sur sol, sans pare-vapeur sous la dalle, laisse remonter la vapeur d'eau du sol. Cette vapeur pousse sous le film de résine et le décolle.

Le test rapide est celui de la feuille de polyéthylène, décrit par la norme ASTM D4263 : on scotche un carré de plastique clair d'environ 1,2 mètre de côté sur la dalle propre, on attend 24 heures, puis on regarde s'il y a de la condensation sous le plastique ou une tache foncée sur le béton.

Le test fiable est la sonde d'humidité relative insérée dans la dalle, selon la norme ASTM F2170. La plupart des fabricants de résine exigent moins de 75 à 80 pour cent d'humidité relative interne. Au-dessus, il faut appliquer un primaire pare-humidité avant toute chose.

4. Le meulage diamanté, pas l'acide

Le lavage à l'acide muriatique est encore proposé par des installateurs pressés. C'est une mauvaise pratique : l'acide attaque le béton de façon irrégulière, laisse des sels résiduels qui nuisent à l'adhérence, ne retire pas les huiles, et pose un problème de sécurité et de rejet.

La bonne méthode est le meulage diamanté sous aspiration, parfois complété par un grenaillage sur les grandes surfaces. L'objectif est double : retirer la laitance de surface, cette pellicule laiteuse et fragile qui se forme lors de la finition à la truelle, et créer un profil de surface. Pour un système de résine mince, on vise un profil ICRI de CSP 2 à CSP 3, soit à peu près la rugosité d'un papier sablé moyen.

L'aspiration compte autant que le meulage. Une dalle meulée mais poussiéreuse donne une adhérence de poussière.

5. Réparer avant, jamais après

Une fois la dalle ouverte et propre, on traite les défauts :

  • les fissures sont ouvertes en V à la meuleuse, dépoussiérées, puis remplies d'une résine de réparation à basse viscosité, ensablée pour la reprise ;
  • les cratères et zones écaillées sont ragréés avec un mortier de réparation polymère compatible avec la résine ;
  • les taches d'huile sont dégraissées, et si l'huile a migré profondément, la zone est purgée puis reconstruite ;
  • les joints de contrôle sont soit remplis, soit conservés et reproduits dans le revêtement selon leur activité.

Une réparation faite après la pose du revêtement se voit toujours.

6. La météo du garage

Trois conditions doivent être réunies au moment de l'application :

  • température de la dalle d'au moins 10 degrés Celsius pour une résine époxy standard ;
  • température de la dalle supérieure d'au moins 3 degrés au point de rosée, sinon un film d'eau invisible se forme sur le béton ;
  • ventilation suffisante, sans courant d'air chargé de poussière.

C'est aussi pour ça que le polyaspartique est utile en saison froide : sa fenêtre de pose est beaucoup plus large.

7. Ce que vous pouvez faire vous-même

Trois gestes qui font gagner du temps et de l'argent :

  1. Vider et balayer le garage à fond la veille.
  2. Dégager 60 centimètres autour du garage pour le passage des machines et du boyau d'aspiration.
  3. Prendre trois photos, dont une du seuil de la porte, et les joindre à votre demande de soumission. Un poseur d'expérience voit tout de suite l'état de la dalle et vous donne un prix beaucoup plus juste.

Le calendrier réaliste

Pour un garage double en bon état : une journée de meulage et de réparation, une journée de pose, puis 24 à 48 heures avant de rentrer le véhicule si le système se termine par un polyaspartique. Si la dalle demande un ragréage important ou un primaire pare-humidité, ajoutez une journée. Un installateur qui vous promet tout en trois heures ne fait pas la préparation.